L’origine du karaté et des kata

  Le terme Kata signifie "forme" au sens de modèle, son équivalent est Tao dans les arts martiaux chinois (Kunfu, Tai Qi Chuan …). C’est dans l’île d’Okinawa, située au sud du Japon, qu’est né ce qui devait devenir plus tard le Karaté. A la fin des années 1400, début des années 1500, un roi d’Okinawa fit interdire la possession de tout arme par les habitants de l’île qui, alors, développèrent en secret des techniques de défense et de combat, à mains nues et à partir d’outils agraires. Beaucoup de techniques de combat avaient été apportées par des maîtres chinois qui étaient souvent des attachés militaires envoyés à Okinawa par l’empereur de Chine car les relations culturelles, commerciales et politiques entre la Chine et Okinawa étaient étroites à cette époque. Ces techniques de combat à mains nues étaient en grande partie issues des techniques des moines de Shaolin et ont formé ce qu’on a appelé le TÔDE (TÔ=Tang, le caractère chinois se lisait TÔ à Okinawa, il désignait la dynastie impériale des Tang de Chine; DE ou TE= main ou technique), c’était donc la technique de Chine. Au début des années 1600, le clan militaire japonais des Satsuma a envahi Okinawa et a interdit de nouveau la possession d’armes et de tout objet en métal. Il y eut un renouveau des techniques de combat combinées à celles anciennes d’Okinawa contre les envahisseurs, contre les samouraïs, qui aboutirent à l’OKINAWA TE. L’enseignement se faisait d’un maître à quelques élèves, il se faisait souvent de nuit et restait secret. L’apprentissage des techniques, des enchaînements et des stratégies de combat était acquis par la répétition jusqu’à la perfection des Katas qui permettaient d’apprendre sous une forme condensée et codifiée tout le savoir d’un maître, d’une école, face à un ou plusieurs adversaires. Les Katas avancés et supérieurs du Karaté sont issus du To Dé et de l’Okinawa Té; ils sont donc anciens bien qu’ils aient été souvent beaucoup modifiés au cours du temps. Les katas ne sont pas propres au Karaté, tous les arts martiaux ont leurs Katas.

Les Katas de base, les Heian

  Les katas de base ou Heian sont beaucoup plus récents. En 1868, avec l’accession au trône du Japon d’un jeune empereur, commence l’ère Meiji qui marque la fin de l’époque féodale du Japon et le début de la période moderne. En 1868, Okinawa cesse d’être une colonie dominée par une castre militaire japonaise, l’île devient une préfecture du Japon et les Japonais cessent d’être des ennemis contre lesquels il faut se battre. Mais il fallut encore du temps pour que l’Okinawa Té cesse d’être secret, ce n’est qu’au début des années 1900 qu’une série de démonstrations par les maîtres de l’Okinawa Té eu lieu en public. En 1916, Gishin Funakoshi, le fondateur du Shotokan, fût invité à faire une démonstration de son art au Japon. De nombreux officiels japonais s’intéressèrent à ce nouvel art martial; ils y virent un intérêt majeur pour la formation des jeunes à une époque où se développait l’impérialisme militaire japonais. En 1922, le prince héritier, Hiro-Hito, se rendant en Europe fit escale à Okinawa et fût très impressionné par la démonstration d’Okinawa Té à laquelle il assista. Entre 1900 et 1903, Anko Itosu, un grand Maître d’Okinawa, fit accepter l’Okinawa Té dans les programmes d’éducation physique de l’enseignement secondaire d’ Okinawa. Il fallut alors simplifier les katas traditionnels pour les élèves. Itosu créa en 1905 les 5 katas de base à partir des techniques des Katas Passai (Bassai) et Kushanku (Kanku); il nomma ces katas « Pinan »ce qui signifie en chinois « paix, tranquillité ». Ils avaient pour but de faire progresser les élèves sur le plan du développement du corps et de l’acquisition de qualités morales. L’Okinawa Té cessa alors d’être une technique secrète purement guerrière (« jutsu ») pour devenir la voie (« Do ») de formation qu’elle est aujourd’hui.
  Au début des années1920, plusieurs maîtres d’Okinawa ont quitté leur île pour se rendre au Japon et y enseigner leur art martial. En 1922, Maître Funakoshi fût de nouveau invité au Japon pour y faire une démonstration, il s’installa alors définitivement à Tokyo pour enseigner dans un petit dojo et dans les grandes Universités de Tokyo. Son enseignement eu du succès et reçu le soutien de grand maîtres du Budo (arts martiaux japonais) dont celui, très important, du fondateur du Judo, Sensei Jiguro Kano. En 1938, il ouvrit son dojo central à Tokyo. Funakoshi était un lettré qui avait été enseignant à Okinawa ; il écrivait des poèmes sous le pseudonyme de SHÔTÔ (SHO = pin ; TÔ = vague) qui lui rappelait le mouvement de vagues que font les pins sous le vent d’Okinawa. De là vient le nom de SHOTOKAN (SHÔTÔ= pseudonyme de Funakoshi, KAN= bâtiment où avaient lieu les cours). Mais dans les années 1920-1930, les relations entre le Japon et la Chine étaient très mauvaises et tout ce qui était chinois était mal vu, mal reçu, au Japon. Aussi pour que son enseignement soit bien accepté, Funakoshi a changé le nom de l’art martial TÔ DE (technique de Chine). Le caractère chinois TÔ peut se lire en Japonais soit TÔ (lecture on) soit Kara (lecture kun). En gardant la prononciation japonaise Kara, il pris un caractère différent qui a le sens de VIDE (kòng en chinois). Le caractère chinois (SHU) (prononcé Té à Okinawa a le sens de MAIN en Chinois et en Japonais. Ainsi, « la technique de Chine » est devenue le KARATE, « la main vide » par un simple changement de caractère chinois. Pour les mêmes raisons, le nom chinois des Kata « PINAN » (Paix en chinois) fût transformé en « HEIAN » par Funakoshiu. La période « Heian » est une longue période (794 à1191) de Paix dans l’histoire du Japon. Ainsi en changeant le nom de Pinan en Heian, Funakoshi gardait l’esprit de Paix que lui avait donné Anko Itosu, leur fondateur, qui avait été un des maîtres de Funakoshi.

Ces kata sont au nombre de 5 correspondant à 5 niveaux (en japonais DAN) différents :

  • Heian Shodan : niveau débutant (SHO = commencement ; DAN = niveau)
  • Heian Nidan : 2ème niveau (NI = deux)
  • Heian Sandan : 3ème niveau (SAN = trois)
  • Heian Yondan : 4ème niveau (Yon = quatre) -Heian Godan : 5ème niveau (GO = cinq)

Il faut savoir que Heian Shodan correspond au Pinan Nidan et Heian Nidan au Pinan Shodan. C’est maître Funakoshi qui les a intervertis dans les programmes d’enseignement estimant que Pinan Nidan était plus simple pour un commencement et en a fait Heian Shodan (niveau débutant)

LES KATAS DE BASE

  Les caractères chinois (appelés kanji) ont une ou plusieurs lectures sino-japonaises, avec en général, une seule syllabe, lecture dite on et souvent au moins une lecture japonaise avec plusieurs syllabes, lecture dite kun (voir par exemple la lecture du caractère TÔ dans TÔ DE ci-dessus).Les caractères lus en lecture on sont écrits en majuscules et ceux lus en lecture kun sont écris en minuscules; c’est ce qui est fait pour la traduction des techniques fondamentales ci-dessous.

HEIAN SHODAN : Ce premier kata insiste l’apprentissage de 4 techniques fondamentales : la position de jambes Zenkutsu, l’attaque de poing Oi Zuki, les défenses Gedan Barai et Age Uke. Il prépare à la position de jambe Kokutsu, à l’attaque par Tettsui et à la défense Shuto Uke.

  • Zenkutsu Dachi : position fléchie vers l’avant.
    • dachi = tachikata (ta = se dresser, kata = manière)
    • zenkutsu = fléchi vers l’avant (ZEN = devant, KUTSU = se courber, ta(tsu) = se dresser)

  La jambe avant est fléchie avec le genou au -dessus du pied, bien placé à plat sur le sol et dirigé vers l’avant ; la jambe arrière est tendue, pied écarté d’environ 30 à 45° vers l’extérieur. Lors de la progression, le pied avant ne bouge pas (pas d’appel), les doigts de pied sont accrochés au sol ; c’est la jambe avant qui tire le corps, au cours du déplacement le centre de gravité du corps suit une trajectoire rectiligne et reste à la même hauteur.

  • Gedan Barai et aussi Gedan Harai balayage vers le bas.
    • gedan = niveau inférieur (GE = bas ; DAN = niveau)
    • harai = balayage(hara(u) = balayer)
  • Jodan Age Uke = défense en remontant
    • jodan = niveau supérieur (JÔ = haut, DAN = niveau)
    • age = en remontant (a (geru) = monter, soulever)
    • uke = défense (u (keru) = recevoir) Cette technique est précédée dans le kata par Shuto Age Uke : défense en remontant la main ouverte, par le sabre de la main (SHU = main, TÔ = sabre)
  • Chudan -Oi-Zuki : attaque du poing en poursuite
    • chudan = niveau moyen (CHÛ = milieu, DAN = niveau)
    • oi = (o (ou)= poursuivre)
    • zuki = (tsu (ku) = frapper)